entête
entête

Françoise Bobin

Christine Bouvier

Enquête statistique sur les bibliothèques des comités d'entreprise

Paris : Ministère de la culture, 1991. -121 p. ; 30 cm.
ISBN 2-11-086976-3 : 80 F.

par Yvonne Johannot

Comme le dit Evelyne Pisier, Directeur du livre et de la lecture dans sa préface, « la lecture en entreprise n'est pas une idée neuve ». Depuis 1984, des enquêtes nationales et régionales ont été faites, en particulier par l'Association des bibliothécaires français (ABF) en 1983-1984. Cet ouvrage est le résultat de l'enquête de 1988 qui propose un état des lieux mis à jour. L'enquête fut menée sous le patronnage d'un Comité de pilotage associant le ministère de la Culture (Direction du livre et de la lecture, Département études et prospectives) et de l'ABF avec l'aide du ministère du Travail pour la constitution du fichier qui recense 1 272 bibliothèques d'entreprise contre 736 dans l'enquête précédente.

L'activité culturelle principale

Cet ouvrage comporte une première partie qui est un descriptif de l'enquête portant sur 223 établissements et une étude spéciale des 190 bibliothèques en réseau de la SNCF, de l'EDF-GDF et des PTT ; cinq interviews sur des réalisations diverses et quelques remarques. Une deuxième partie comporte des textes sur des ateliers d'écriture, sur les relations avec les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC), le chèque-livre et la position de trois centrales syndicales.

En annexe : le projet de charte de la lecture en entreprise proposé par la sous-section des Bibliothèques de comité d'entreprise (BCE) de l'ABF aux organisations syndicales, une bibliographie de onze titres et la liste des DRAC.

A l'enquête, qui porte sur l'année 1988, adressée à 1 272 entreprises, 413 ont répondu, représentant 13,37 % des 3 087 entreprises de plus de 500 salariés recensées par l'INSEE * au 1er janvier 1988, alors que les réponses, en 1984, n'en concernaient que 3,90 %. Il s'agissait non seulement de dresser la liste de toutes les bibliothèques de comités d'entreprise dans les entreprises, mais aussi de voir quelle part y jouaient les moyens de communication autres que le livre (revues, cassettes, disques, vidéo...) et de cerner les problèmes, les réalisations et l'évolution des efforts faits par les comités d'entreprise dans le domaine de la promotion de la lecture.

Le taux de réponses obtenues est de 32,46 %, résultat jugé plutôt satisfaisant et constituant un fonds d'informations jamais réalisé auparavant. Il est souligné cependant que les réponses ne portent souvent que sur une partie des questions posées ; par ailleurs, le fonctionnement même des bibliothèques de comités d'entreprise dont les responsables ne disposent en général que de peu de temps et d'aucune statistique ou matériel informatique a privilégié le taux des réponses des grosses entreprises ayant un personnel souvent plus qualifié professionnellement et plus disponible ; les auteurs attirent donc l'attention sur la nécessité de nuancer les résultats statistiques et leur exploitation, et ceci les a amenés à les livrer tels quels. C'est la raison pour laquelle, dans ce compte rendu, nous nous abstiendrons de citer des chiffres qu'il faudrait toujours pondérer.

L'analyse de l'enquête présente avec clarté et détails non seulement les chiffres et les pourcentages établis sur les locaux, les budgets, la fréquentation, les types d'emprunteurs et de lecteurs, la nature des fonds et des prêts, mais aussi sur les conditions mêmes du fonctionnement, les animations, le statut des bibliothèques, les relations avec l'environnement social et culturel (l'entreprise, les autres bibliothèques de comités d'entreprise ou bibliothèques municipales, les familles des emprunteurs, éventuellement même le quartier).

Les trois monographies cernent de plus près les relations bibliothèque-entreprise, en particulier celle sur la SNCF où, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, trois écrivains ont animé des ateliers d'écriture, de lecture et des échanges de lettres entre cheminotes travaillant sur des sites différents.

La conclusion de l'enquête met en évidence que, malgré la situation économique difficile de plusieurs entreprises et les licenciements qui en ont résulté, la bibliothèque reste l'activité culturelle principale des comités d'entreprise. S'il n'y a pas d'évolution significative par rapport aux années 80, il n'empêche que l'attention est attirée sur la lecture et l'importance de sa maîtrise dans les conditions actuelles du marché de l'emploi et de la promotion à l'intérieur de l'entreprise et devrait encourager au développement des bibliothèques de comités d'entreprise qui favorisent le contact avec le livre et la pratique de la lecture.

Préciser la spécificité du livre

La deuxième partie est plus disparate puisqu'elle se contente de regrouper des textes divers. C'est là pourtant que se trouvent au moins évoquées quelques questions dont, nous semble-t-il, on ne peut faire l'économie aujourd'hui si l'on parle de diffusion de la lecture. M. Tsvétaeva, l'un des écrivains qui a participé aux ateliers organisés par la SNCF Provence-Alpes-Côte d'Azur, le dit en ces termes : « Faire lire, faire écrire, mais à qui ? Comment ? Par qui ? (...) Comment faire désirer à quelqu'un quelque chose qui ne le conceme en rien ? Comment faire naître un intérêt là où il s'agit d'entière gratuité ? Comment se permettre de décider qu'il serait mieux pour cet être-là (qui n'est pas moi) qu'il lise de « bons » livres ? Qu'est-ce qu'un bon livre ? ».

Quelle que soit la richesse des renseignements contenus dans cet ouvrage, on aimerait en effet y voir aborder de front les questions fondamentales qui se posent, à la fin du XXe siècle, à ceux qui se préoccupent des problèmes de communication et, parmi eux, ceux de notre rapport à l'écrit. Qu'est-ce que « la » lecture, ou plutôt « les » lectures ? A quoi répond le désir de lire ? A quelle représentation du monde appartient-il ? Une étude sur la lecture dans les BCE dont les inscrits ne fréquentent que rarement les bibliothèques municipales et ne sont tentés par le livre que parce qu'il est mis à leur disposition dans les conditions optima de proximité, de gratuité et - parfois - dans un cadre accueillant et calme, devrait apporter des données nouvelles sur ces questions. L'importance des emprunts faits par les salariés pour leurs enfants montre bien qu'il faut se pencher sur ces questions.

Souhaitons que ce document encourage les bibliothécaires d'entreprise à communiquer le fruit de leurs expériences et des réflexions qu'ils ont pu faire dans des milieux particulièrement riches d'enseignements sur ces sujets. Face à la diversité des moyens de communication mis à la portée de tous, il devient urgent de préciser le rôle de chacun d'eux et, en particulier, la nature de la spécificité du livre qui doit être sauvegardée pas seulement parce qu'il est l'élément essentiel de notre patrimoine culturel.

  1.  (retour)↑  Institut national des statistiques et des études économiques.