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Écrits pour nuire

réponse

Marie-Claude Monchaux

Nous avons reçu, suite au compte rendu de l'ouvrage Écrits pour nuire, publié dans le n° 2, p. 172, la lettre suivante de Marie-Claude Monchaux. Nous la reproduisons intégralement en l'absence de toute censure.

1. Madame Geneviève Boulbet, après s'être amusée à appliquer à un seul livre (Les Chimères du manoir perdu, Collection Feux aux éditions Sang de la terre) des termes pris au petit bonheur la chance, dans mon pamphlet Écrits pour nuire (UNI), termes qui sont répartis sur les huit chapitres recouvrant plus de soixante-dix ouvrages pour enfants sur lesquels j'attire l'attention des parents concernés, profère plusieurs contre-vérités (comme on dit maintenant...) dont il faut bien que je les redresse. Elle n'aime pas les « chimères », c'est son affaire. Mais si elle les avait lues avec davantage de soin, elle n'aurait pas appliqué à ce livre le passage de la première édition d'Écrits pour nuire, page 125. En effet, il est incontestable que dans Les Chimères du manoir perdu, ce n'est pas une « société capitaliste occidentale » qui est détruite par les enfants-chimères, c'est une société totalitariste et nazifiante complètement étatisée, et elle n'est surtout pas « contemporaine » !! - la preuve accablante que ce conte, qui se déroule dans un futur non précisé et dans un pays non situé pour la bonne raison qu'il n'existe pas (je rappelle humblement que, étant l'auteur et l'illustratrice de ce conte, je sais encore de quoi je parle) n'a pas été /u par la critique, emportée par sa vindicte, éclate ici. C'est embêtant. D'autant plus qu'elle récidive avec la citation de la page 23 !... L'univers effrayant qui fabrique des chimères en laboratoire n'est pas une « société de consommation ». Il en est précisément tout le contraire ! Je ne vais pas me citer, cela ferait snob et mesquin. Je renvoie simplement les lecteurs du Bulletin des bibliothèques de France au livre dont on me dit d'ores et déjà qu'il devient l'un des « classiques » de la SF pour enfants, comme La Vérité sur les bébés le fut pour l'éducation sexuelle (éd. Magnard) il y a vingt ans, étant toujours publié dans le monde entier depuis ce temps-là, comme Aurélien est devenu un « classique » sur l'adoption, et Alexis le petit garçon qui n'a jamais marché le livre de cœur des enfants handicapés.

2. Quant à Écrits pour nuire... si l'expression « plaisir de lire » n'y est pas employée, c'est que pour moi ce n'est pas seulement un plaisir, mais que cela devrait être un grand bonheur. Voilà pourquoi vous y trouverez le terme « exaltation de lire », en page 66 : « certains grands frissons de bonheur qui sont ceux de l'exaltation de lire ». En lignes 19/20 ; désolée, j'avais dit que je ne me citerai pas, mais il faut bien donner des preuves !

3. Écrits pour nuire n'a jamais eu la ridicule prétention de constituer une « étude scientifique », le ciel m'en préserve ! En revanche, sur des critères qui sont ceux de la bonne et intelligente loi de 1949, ce livre attire l'attention (à l'aide de si nombreux fac-similés que cela représente tout de même une somme d'exemples, pris sur le vif et non interprétés, assez convaincante) des parents - je répète des parents qui sont les responsables de leurs enfants, qui ont le droit de savoir ce qu'il y a d'écrit dans les livres qu'on leur donne pour les divertir, de se renseigner grâce aux références en foule et très précises qui abondent dans ce pamphlet ; car c'est un pamphlet, en effet. C'est un livre de colère. c'est un coup de poing sur la table. Voilà ce que c'est. Et à ce titre, il a sa valeur, croyez-le bien !

4. Qui saura quand l'identification au héros deviendra incitative ? eh bien, quand quatre ou cinq enfants-héros se droguent sans inconvénient et avec complaisance dans plusieurs livres, cela fait beaucoup. Quand vingt, trente enfants-héros volent avec la bénédiction complaisante des auteurs, cela fait beaucoup aussi. Catharsis ? vous savez, vous, quand vous maniez la catharsis ? moi pas. Je me méfie des contre-feux quand je ne sais pas me servir des allumettes. Vous ne savez jamais à partir de quand se produira - s'il se produit, le phénomène de distanciation dans un livre ; alors quand il s'agit d'enfants, moi je préfère qu'on prenne des précautions élémentaires dictées par le simple bon sens. Ces précautions élémentaires sont édictées, je le redis, par la loi de 1949. Je ne demande que le respect de son application.

Et si Écrits pour nuire n'a « pas fait progresser votre réflexion », il fait en revanche progresser celle d'une si grande quantité de parents, que le courrier et les conférences me mangent tout mon temps et que je n'en ai plus pour écrire et dessiner. Ce n'est certes pas vous qui vous en plaindrez, mais je m'aperçois que dans toutes les couches de la « France profonde », des gens qui me paraissent raisonnables, réfléchissent tous les jours sur ce livre. Ils n'appartiennent pas tous. loin de là, à la même « idéologie ». Ils ont un point en commun : ils ne veulent pas qu'on manipule leurs enfants à leur insu sous couvert de créativité.