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1re réunion internationale des coréanisants d'Europe

Londres, 28 mars-1er avril 1977

Yŏng-ŭi Bouchez

Du 28 mars au Ier avril 1977 s'est tenue à Londres, dans les locaux de la School of Oriental and African Studies (SOAS), la première réunion internationale des coréanisants d'Europe. Elle a rassemblé une quarantaine de spécialistes d'Allemagne fédérale, d'Autriche, de France, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de Suède et de Suisse. Elle a aussi donné lieu à la création d'une Association des études coréennes en Europe, Association for Korean Studies in Europe (AKSE), dont le siège social sera à Zurich. L'après-midi du 29 mars a été consacrée à une réunion de travail sur le problème des bibliothèques, qui intéresse tous les chercheurs. J'y ai présenté la collection coréenne de la bibliothèque de l'INLCO, connue dans les milieux coréanisants sous l'appellation, en coréen : P'ari Tongyang'ŏ hakkyo tosŏgwan. Les coréanologues ont à leur disposition un fichier alphabétique et un fichier par matières, tous deux en transcription McCune-Reischauer, et un fichier alphabétique en han'gûl (noms d'auteur et titres d'ouvrage).

Le fonds coréen ancien provient pour la majeure partie d'un don fait en 189I par Victor Collin de Plancy, qui fut vers cette époque et à plusieurs reprises le chef de la représentation diplomatique française en Corée. Les livres achetés par ce diplomate et offerts par lui à la bibliothèque furent examinés, à Séoul d'abord et à Paris ensuite, par Maurice Courant, qui les consigna dans les trois premiers volumes de sa célèbre Bibliographie coréenne (Publications de l'École des langues orientales vivantes, 3e série, vol. XVIII-XXI, Paris, E. Leroux, 1894), où ils sont marqués du sigle : LOV. Ce fonds a été complété, à une date antérieure à 1899, par une seconde donation de livres acquis par Collin de Plancy au cours d'une nouvelle mission en Corée. On les trouve consignés dans le Supplément, publié en 190I, de la Bibliographie coréenne de Courant. Le fonds coréen ancien de la bibliothèque, plus de 600 titres, est resté non catalogué pendant près de 70 ans. Une tradition orale, qu'il faut, accueillir avec réserve, veut que ce fonds ait été laissé volontairement dans l'oubli par crainte des exigences que les autorités japonaises auraient pu présenter à son sujet. Le manque de spécialistes du coréen en France, le fait que la plupart de ces livres avaient été recensés dans la bibliographie de Courant et le fait enfin que ce dernier, jusqu'à sa mort en 1935, ne résida pas à Paris, mais à Lyon, sont des explications plus plausibles. Le catalogage de ce fonds coréen ancien est aujourd'hui en voie d'achèvement. La publication éventuelle du catalogue permettra de compléter utilement la Bibliographie coréenne de Courant et donnera à chacun la possibilité d'apprécier à sa juste valeur notre fonds coréen ancien.

Durant la période où celui-ci était laissé à l'abandon, l'acquisition de livres coréens modernes fut, elle aussi, tout à fait négligée. Les achats n'ont repris que vers 1970-1971. Une telle situation indiquait d'avance la direction à suivre. Il fallait d'abord équiper la salle de consultation des ouvrages de référence nécessaires à l'utilisation du fonds ancien. Dans les domaines qui sont traditionnellement considérés comme les plus importants pour cette bibliothèque, c'est-à-dire la linguistique, l'histoire et la littérature, il fallut ensuite se procurer en priorité les collections de textes et les ouvrages généraux encore disponibles. En ce qui concerne les monographies et les ouvrages plus particuliers, les achats se font de manière plus décousue, selon les recommandations des spécialistes et les renseignements, souvent fragmentaires, qui nous parviennent par l'intermédiaire des catalogues de libraires, les comptes rendus dans les périodiques ou même la publicité. La bibliothèque s'est constitué ainsi un fonds coréen moderne qui comprenait au Ier mars 1977 un total de 834 titres en 1 413 volumes.

Il faut ajouter à cela les livres sur la Corée écrits dans les langues occidentales. La bibliothèque les achète systématiquement pour les mettre à la disposition tant des étudiants de l'institut auquel elle est attachée que des orientalistes qui ne lisent pas le coréen.

L'acquisition de livres coréens se heurte aujourd'hui à deux obstacles principaux. Le premier est l'interdiction mise par le gouvernement coréen à l'exportation de livres anciens. Or le fonds ancien, riche en romans, est pauvre en une catégorie d'ouvrages indispensable à l'étude de la Corée ancienne, les munjip; recueils d'écrits divers, en poésie ou en prose, composés par un lettré et publiés généralement après sa mort. Il n'est pas complété sur ce point par celui des autres bibliothèques parisiennes ni par les bibliothèques londoniennes qui connaissent le même déséquilibre. Les achats doivent se limiter, en raison de cette interdiction, aux reproductions photographiques qui se publient aujourd'hui en Corée du Sud. Les chercheurs européens auront toujours beaucoup de difficultés à consulter les munjip qui n'ont pas fait l'objet d'une telle reproduction et qu'on ne peut plus se procurer.

Le deuxième obstacle est celui des très sévères restrictions de crédit qui affectent en France les bibliothèques de recherche. Elles touchent particulièrement une section coréenne qui n'a repris que depuis quelques années des acquisitions interrompues pendant près de 70 ans. La bibliothèque de l'Institut n'est pas la seule bibliothèque coréenne de Paris. Il existe aussi des fonds coréens à la Bibliothèque Nationale, à la Bibliothèque des Instituts d'Asiedu Collège de France et à la Section d'études coréennes de l'université de Paris VII. Les difficultés financières qu'on connaît aujourd'hui rendent souhaitables et nécessaires une consultation réciproque entre les différentes bibliothèques coréennes de Paris et une répartition des efforts en matière d'acquisition. La constitution d'un fichier commun en coréen pour toutes les bibliothèques parisiennes rendrait aussi de grands services à tous les coréanologues français et étrangers.

A la suite de cet exposé, les questions qui m'ont été posées m'ont amenée à fournir oralement des renseignements plus précis sur certains livres rares qui figurent dans notre collection, par exemple un manuscrit du recueil de poèmes Kagok wŏllyu, un autre du Ch'unhyang chŏn, sur les exemplaires de xylographie de romans anciens qui n'existent plus en Corée (v.g. le Sa-ssi Namjŏng Ki). Certains se sont montrés désireux de connaître les titres qui ne sont pas recensés dans la Bibliographie coréenne de Maurice Courant, et intéressés par l'annonce de la publication éventuelle du catalogue de notre collection ancienne, qui est l'une des plus importantes d'Europe 1.

Au cours de cette réunion du 29 mars deux décisions ont été prises. La première concerne la compilation d'un catalogue commun des collections coréennes (anciennes et modernes) de toutes les bibliothèques d'Europe. Cette entreprise, pour laquelle des concours financiers devront être sollicités, a été confiée à M. Bloomfield, conservateur en chef de la Bibliothèque de l'École SOAS de Londres. La deuxième décision fut de fixer pour notre association européenne une adresse permanente où éditeurs, administrateurs de périodiques, auteurs, etc., coréens ou étrangers, pourront envoyer un exemplaire de chacune de leurs publications pour être sûr qu'il s'en trouve au moins un en Europe. Mme Martina Deuchler, professeur à Zurich et trésorière de l'association, a accepté de donner son adresse et d'assurer la réception et le catalogage des publications qu'on y enverrait.

La réunion de travail s'est terminée par une visite dirigée de la Bibliothèque de l'École des études africaines et orientales. Les Français qui y participaient se sont efforcés un instant d'oublier la vétusté, l'exiguïté et l'inconfort de leurs propres bibliothèques et se sont pris à rêver que ce qu'ils avaient sous les yeux existait déjà, ou allait bientôt exister, en France. La nouvelle bibliothèque de l'École, dans un nouveau bâtiment annexe, en plein centre de Londres, au milieu de jardins, est conçue de façon à permettre l'accès direct des lecteurs aux rayons. Quiconque veut se livrer aux études coréennes, fût-il un étranger sans relation avec l'École, peut y passer ses journées, jusqu'à 20 heures 30, dans un coin-fenêtre, devant une table à proximité des rayons de livres en coréen ou sur la Corée, au même étage que les rayons de chinois et de japonais, et se servir lui-même comme il l'entend. Il appréciera en particulier le nombre élevé de périodiques coréens mis à sa disposition. Il photocopiera lui-même, sur place, les pages qu'il estime importantes et qu'il veut conserver. Il trouvera au sous-sol de l'École un self-service à prix réduit, ouvert à tous. Enfin, outre les 650 places de lecteurs disséminées autour des rayons, des salles séparées ont été aménagées pour les activités bruyantes (discussions, dactylographie, etc.). La section coréenne n'a pas la richesse de notre collection ancienne de Paris. Elle est par contre mieux équipée en livres coréens modernes. Les nouvelles acquisitions sont recensées dans un catalogue publié tous les cinq ans. C'est probablement sur ce modèle que sera conçu le catalogue commun en projet pour toutes les bibliothèques coréennes d'Europe.

La prochaine conférence des études coréennes en Europe aura lieu en France, en 1978, probablement à la même époque de l'année, au cours des vacances de printemps. Ce sera l'occasion pour nous de présenter nos collections coréennes à tous les spécialistes européens.

  1.  (retour)↑  Les autres sont à la Bibliothèque Nationale de Paris, à Londres (British Museum et SOAS) et à Léningrad.