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La Lecture en milieu carcéral

Paul Henwood

Au moment où le livre et ses impacts intellectuels et sociaux suscitent de multiples études, il convient de donner un coup de projecteur sur un cadre méconnu de sa diffusion : le milieu carcéral. Alors que l'homme libre trouve, dit-il, de moins en moins le temps de lire, le prisonnier au contraire a, même s'il exerce quelque activité, de nombreux loisirs l'autorisant, l'incitant à rechercher dans les livres un reflet de ce qu'il ne peut voir, faire, vivre, aussi la lecture a-t-elle toujours été fort appréciée en détention.

Bien des récits d'aventures vécues ou recréées nous ont, incidemment, signalé l'apport de la lecture chez les captifs; lorsque le cachot n'était pas trop noir, la « chose écrite » aidait, non seulement à passer le temps mais à en apprécier le prix... et, sinon à s'instruire, du moins à se mieux connaître à la lumière des pensées d'autrui dont la profondeur n'est pas absolument nécessaire pour susciter la réflexion... car si l'homme se trouve seul, ce qui est l'état intime de tous les prisonniers - même groupés - le moindre texte peut extrapoler sa Lettre, accrochant un souvenir, un espoir, orientant une pensée.

D'une importance capitale est donc la lecture en milieu carcéral. Longtemps, les geôliers n'y portèrent cependant pas d'intérêt, le « physique » des détenus étant peu pris en considération, il va de soi que le « moral » et « l'esprit » l'étaient encore moins! Puis, peu à peu, du côté de l'Administration pénitentiaire, il y eut un petit souffle d'humanisation et, parallèlement, de curiosité intellectuelle chez les détenus. Dès lors, le livre eut officiellement droit de cité dans les prisons, principalement dans ce que l'on appelait les Maisons centrales de force car les plus petits établissements abritaient surtout des vagabonds incultes dont il n'était pas encore de mode d'éveiller l'esprit.

Pour retrouver trace de ce que l'on peut considérer comme bibliothèque de prison, il faut remonter, semble-t-il, à l'Empire, tout au moins le fait a-t-il pu être officialisé grâce à la découverte de livres portant, à la fois, le cachet d'un établissement pénitentiaire et l'Aigle impérial. Ensuite, au fil des années, diverses circulaires intérieures, dont le Bureau de la Détention m'a aimablement communiqué les passages propres à étoffer mon propos, démontrent l'intérêt permanent et croissant que l'Administration porta à la lecture des prisonniers.

Une note en date du 4 septembre 1844 en laquelle il est constaté que de petites bibliothèques se sont formées, soit par souscriptions volontaires des détenus, soit aux frais de l'Administration, en définit ainsi les bienfaits : « heureuse influence sur l'âme et l'esprit des prisonniers... à condition de bien choisir les livres » et une demande d'inventaire touchant les « ouvrages de piété, de morale religieuse, de science, d'histoire, de littérature et de livres élémentaires pour l'école » prouve la variété du fonds. Le 22 août 1864, un texte demande de combattre « l'oisiveté par la lecture » ; il est précisé que le but à atteindre est « faire sur le cœur et l'esprit des détenus une impression propre à concourir à leur amendement et à leur instruction ». A la même époque, il est fait mention d'une liste de livres examinés et choisis avec soin par une commission. Cette sélection d'ouvrages - dont je n'ai pas, hélas! le détail - est limitative : il n'y a alors ni acceptation à titre gratuit ni autorisation d'achat pour des volumes n'y figurant pas. Le 25 septembre 1872, il est rappelé que le fonds des bibliothèques des prisons est fait « d'ouvrages acquis aux frais de l'Administration, reliés et distribués par ses soins ». Le 15 novembre 1897, il est fait état de l'ouverture d'un crédit, renouvelé chaque année, afin de pourvoir aux besoins des bibliothèques. Le 8 juin 1905, est ordonnée la suppression du catalogue général de deux livres « dont la communication aux détenus n'est pas exempte d'inconvénients ». Il s'agit de Trois existences ou la Maison centrale par M. Peigné et de Mes trucs par l'illusionniste Dickson.

Ainsi qu'en témoignent les précédents exemples, voilà donc plus d'un siècle que l'on se penche avec un intérêt croissant sur la lecture en milieu carcéral, structurant, d'année en année, les règlements de choix et de diffusion. Toutefois, les crédits alloués ne permirent pas toujours d'acheter autant de livres qu'il aurait été nécessaire et les fonds des bibliothèques furent très enrichis par de multiples dons provenant, non seulement de détenus lettrés, mais aussi d'organismes tels la Croix Rouge, le Secours catholique, l'œuvre des Visiteurs des prisons, les aumôniers de diverses confessions, sans oublier les apports que firent (et font encore) de généreuses assistantes sociales dont il m'est d'ailleurs agréable de saluer ici l'infini dévouement. Puis, prenant de plus en plus conscience de l'importance de la lecture, le Ministère de la Justice donna au Service central des bibliothèques des établissements pénitentiaires une place plus importante dans ses préoccupations (et dans ses crédits), choisissant, pour le gérer des personnes compétentes dans le domaine du livre et de sa diffusion.

Bien entendu, cette prise en charge par l'Administration ne put être une révolution. Longtemps encore subsistèrent de vieux livres fatigués ou ne pouvant répondre aux besoins généraux car trop littéraires ou trop confessionnels. Longtemps encore le choix fut soumis à une censure sévère mais compréhensible, à la lumière des temps révolus où tout en se targuant moins de psychologie que de nos jours, on essayait davantage de se mettre à la place (moralement) des détenus dont l'état psychique peut handicaper l'assimilation de ses lectures, réaction de simple bon sens. Personnellement, lorsque je fus appelé, en 1963, à prendre en mains la direction du Service central des bibliothèques, donc en fait à devenir le bibliothécaire de plus de 170 établissements, j'avais pour règle de ne pas acquérir ce que j'appelais « les 3 Po », c'est-à-dire les textes politiques, policiers ou polissons 1

Depuis, outre que l'évolution des moeurs et, par ricochet celle des écrits, aient diablement compromis la possibilité d'être fidèle à ces principes, une des incidences de la réforme pénitentiaire visant à préparer de toutes les manières la réinsertion sociale des délinquants conditionne très différemment le choix des lectures. L'entrée de la Presse en détention accentua cette libéralisation : du jour où les quotidiens purent être lus par les détenus, il devint caduc de ne pas distribuer des oeuvres évoquant des sujets qui s'étalent sur « cinq colonnes à la une », voire des ouvrages de fiction dont la publication en feuilletons popularise la possibilité de lecture. Et c'est ainsi qu'actuellement la majorité des « best-sellers », des prix littéraires, est mise à la disposition des détenus qui, ainsi disposent d'un choix sensiblement semblable à celui des hommes libres. Puis, il y eut l'autorisation donnée aux détenus de commander directement des livres de collections dites de poche (il fut alors seulement recommandé aux responsables de ne pas laisser acheter certains textes trop provocants); l'esprit de libéralisation s'accordant mal avec une morale trop stricte, la valeur littéraire d'oeuvres jadis évincées prima sur leur caractère au profit de leur diffusion.

Ces ouvertures marginales à la bibliothèque proprement dite influèrent donc sur le rajeunissement des fonds. Lointain est maintenant le temps où pouvait être accréditée l'histoire contant que dans les prisons l'on « tiquait » sur l'opportunité de faire circuler le Crime de Sylvestre Bonnard ou Vol de nuit à cause des mots « crime » et « vol! ». Sans tomber dans ces outrances, il faut cependant pour le choix des textes destinés aux détenus, garder présentes à l'esprit les conditions de la lecture et la personnalité des lecteurs. Dans ce but, toute œuvre un peu litigieuse bien que sélectionnée pour être acquise, fait l'objet d'une étude : un comité de lecture se penche avec clairvoyance sur chaque ouvrage et envisage les réactions que sa lecture peut susciter : un climat morbide, l'amoralité des personnages (plus que leur immoralité d'ailleurs), etc. peuvent avoir des répercussions néfastes. Il est évident, par exemple, que la description d'êtres désespérés n'est pas recommandable mais la qualité du style, le ton général de l'œuvre, son classicisme aussi peuvent permettre l'achat. Il suffira alors d'orienter simplement les envois du livre en question; on évitera ainsi de le faire entrer dans certains établissements où séjournent plus spécialement des psychopathes. Toutefois il pourra être intégré dans les établissements pourvus d'éducateurs. Ceux-ci sauront à qui prêter ou ne pas prêter telle ou telle œuvre.

Notons que ces éducateurs créent souvent, pour les jeunes une bibliothèque parallèle appelée « Cercle de lecture ». Pour celui-ci, ils sélectionnent des ouvrages qu'ils présentent, analysent, font lire, provoquant, de cette façon, des réunions-débats qui permettent aux jeunes détenus de s'exprimer librement. Le plus souvent, les sujets choisis le sont en commun par les éducateurs et les jeunes eux-mêmes qui, de plus, créent, par des affiches et objets divers l'animation de la salle où ils sont réunis.

J'ai sélectionné, pris sur le vif, quelques-uns de ces centres d'intérêt et les ouvrages s'y rapportant. Comme on le verra, les thèmes et les textes sont très divers.

Exemples de sujets et de livres s'y rapportant :
- « La montagne et les « conquérants de l'inutile » :
Les romans de Frison-Roche;
Desmaison : La Montagne à mains nues; Bordeaux : La Neige sur les pas; Herzog : Annapurna, premier 8 000 ; Chabrol : Le Crève-Cévennes; Very : L'Assassinat du Père Noël, etc.
- « Le cirque, témoignage des possibilités humaines » :
T. Rémy : Entrée de clowns; Adrian : En piste, les acrobates; Jean Richard : Envoyez les lions ; Margaritis : La Piste aux étoiles ; Vialar : Les 4 Zingari ; Clavel : L'Hercule sur la place, etc.
- « Sport et compétition » :
Montherlant : Les Olympiques ; Stewart : Plus vite ; Monneret : Vive la moto ; Kopa : Mon football; Poulidor : La Gloire sans maillot jaune; Crausse : Au feu du rugby ; Eyquiem : Pierre de Coubertin, etc.
- « Défense de la nature et de l'environnement » :
Mauron : Ma Provence qu'on assassine ; Thoreau : Un Philosophe dans les bois ; Merle : Malevil; Genevoix : Raboliot ; Vernier : La Bataille de l'environnement; Grenon : Ce monde affamé d'énergie, etc.
- « Initiation à la poésie » :
Pompidou : Anthologie de la poésie française ; Baudelaire : Les Fleurs du mal; Aragon : Les Yeux d'Elsa ; Leclerc : Des Chansons pour les yeux; Brassens : Chansons ; Lamartine : Méditations, etc.
- « Les grands fléaux : antisémitisme, racisme, guerre » :
Schwartz-Bart : Le Dernier des justes ; Jardin : La Guerre à neuf ans ; Rémy : Mémoires d'un agent secret de la France libre; Barbusse : Le Feu ; Vigny : Servitude et grandeur militaires; Joffo : Le Sac de billes; La Grande rafle du Vel'd'Hiv; Wright : Un enfant du pays; Plievier : Stalingrad; Paton : Pleure ô pays bien aimé; Beecher-Stowe : La Case de l'oncle Tom ; Droit : Le Retour, etc.
- « La mer, source de vie » :
Tiercé de la mer par Aimond, Fernet; Melville : Moby Dick; Hugo : Les Travailleurs de la mer; Bombard : Navigateur solitaire; Heyerdahl : L'Expédition du Kon-Tiki ; Vercel : Remorques, etc.

Semblablement, les instituteurs empruntent des livres à la Bibliothèque centrale afin de compléter leurs cours en suggérant la lecture de quelques ouvrages parascolaires : récits historiques, biographies, souvenirs, etc. Les livres scolaires proprement dits ne sont ni choisis, ni attribués par le Service central des bibliothèques, mais par le Conseiller pédagogique après consultation des instituteurs et éducateurs.

Le livre, on le voit, fait donc partie intégrante des activités culturelles de la prison mais sa plus grande audience est placée sous le sceau de la distraction pure et c'est comme moyen d'évasion - si l'on peut se permettre d'employer un tel mot en l'occurrence - que le livre est le plus prisé. A ce titre, ce sont les romans qui sont les plus demandés et les plus lus, comme d'ailleurs dans bien des bibliothèques publiques. En ce qui concerne le genre de roman le plus apprécié, il rejoint aussi celui que j'ai le plus prêté au temps où, avant de gérer les bibliothèques pénitentiaires, je m'occupais d'une « municipale » parisienne; ce sont ici, comme là, les récits d'aventures et les romans sentimentaux qui ont le plus de succès, notamment ceux de Slaughter, suivis de près par ceux de Cronin, Buck, Troyat, Vialar, des Cars, sans oublier Dumas, Zévaco et depuis peu, Zola et Verne remis à la mode par leur édition en livre de poche. Cet intérêt pour Jules Verne est nettement significatif d'un état d'esprit : avant sa popularisation en « poche », il m'arrivait d'acheter certaines œuvres dans des collections pour jeunes : elles n'étaient même pas lues par les mineurs auxquels elles étaient, en principe, destinées ; le jour où elles parurent dans une présentation pour tous, elles furent demandées et lues.

En détention, autant et même plus qu'ailleurs, les jeunes ne veulent pas être pris pour des « gosses », ce qui ne les empêche pas de réclamer sans cesse des bandes dessinées. « Tintin », « Astérix », « Lucky Luke » sont aussi des best-sellers en prison, mais la formule « de 7 à 77 ans » est désormais un alibi pour ce genre de lecture. La présence de l'album illustré dans nos bibliothèques est un excellent outil d'approche, il fait à sa manière la « parade » ; son prêt rappelle l'existence de la bibliothèque et ouvre les curiosités sur les autres ouvrages.

Popularisation et diffusion des livres.

Étant donné qu'en marge de quelques cercles de lecture cités plus haut, les détenus, dans leur grande majorité, ne peuvent, pour des raisons de sécurité, avoir accès à la bibliothèque, la popularisation des livres auprès des lecteurs en puissance a toujours été un « problème », en partie résolu par la circulation d'une liste-catalogue. C'est, en effet, par le truchement de listes sur lesquelles figurent les auteurs, les titres, les cotes « Dewey » (et ce qu'elles représentent) des livres qui peuvent être empruntés qu'est signalée leur présence à la bibliothèque de l'établissement. Le détenu auquel est donnée la possibilité d'emprunter 3 ou 4 ouvrages par semaine ou par quinzaine, note son nom ou son numéro sur une feuille jointe, en face du volume souhaité. Cette formule est pratique; elle a toutefois le défaut de ne pas beaucoup documenter l'éventuel lecteur auquel souvent les seuls noms de l'auteur et du titre du livre « ne disent rien ». Aussi, pour parer à ce manque d'information, a-t-on maintenant établi un catalogue descriptif dont la consultation aidera le choix du lecteur grâce à un résumé de l'action ou à des précisions sur le ton et l'esprit du thème traité.

Notons aussi que des responsables d'établissement ont pris l'heureuse initiative de sélectionner un certain nombre de livres de la bibliothèque pour les disposer sur un chariot lequel est roulé vers chaque cellule, ce qui permet aux détenus un choix direct. Cette formule de « mini-bibliobus » est particulièrement appréciée d'autant plus qu'elle n'exclut pas la consultation du catalogue général pour ceux qui recherchent un livre absent du chariot; l'ouvrage désiré leur est alors prêté lors de la distribution suivante.

Attributions.

Des attributions, destinées à rajeunir régulièrement le fonds des bibliothèques sont faites d'office tous les deux ans, mais entre-temps les demandes transmises par les directeurs sont honorées, notamment lorsqu'il s'agit de remplacer des ouvrages dont le mauvais état nécessite le retrait. Il faut noter que les conditions dans lesquelles les livres sont lus, la promiscuité, le manque de soin de bien des lecteurs, abrègent sérieusement la longévité normale d'un volume. Le temps pendant lequel un livre, bien lu, peut circuler n'excède guère deux ans; or, il convient, là plus qu'ailleurs, de ne pas laisser dans les bibliothèques des ouvrages abîmés dont l'aspect risquerait de rebuter les lecteurs occasionnels et pourrait inciter ceux-ci et les autres à des dégradations plus nombreuses : pages arrachées, couvertures cassées, etc. Un livre en bon état peut forcer le respect et, par ricochet, tenter un non-lecteur, espèce rare en détention.

A la lumière d'un sondage récent et de statistiques, on peut estimer le nombre de lecteurs à 90 % de la population pénale; même celle dont le niveau intellectuel est extrêmement faible emprunte des albums dont les images distraient sa solitude, sa peine ou son attente. D'après ce sondage, par exemple dans une Maison centrale de province, sur 112 détenus interrogés, 85 ont répondu qu'ils lisaient régulièrement : 18 consacraient 1 heure par jour à la lecture, 27, 2 heures, 25, 3 heures, 12, 4 heures, 3, 5 heures et plus. Parmi ces mêmes détenus, 8 lisaient 1 livre par semaine, 18, 2 livres, 12, 3 livres, 27, 4 livres, 16, 5 livres, 4, 6 livres. Afin que ces chiffres ne surprennent pas les lecteurs de ce bulletin qui ont noté que 4 livres sont prêtés par semaine, rappelons que les détenus partagent souvent une cellule à 2 ou 3 et que, de ce fait, ils échangent leurs ouvrages.

Importance des bibliothèques.

Suivant la population pénale des établissements et leur destination (Maison d'arrêt ou Maison centrale), l'importance de la bibliothèque varie, bien entendu. Les moins fournies ont un fonds de 300 à 500 livres, les plus fournies, telles celles de Fresnes, de Fleury-Mérogis, de la Santé, de Marseille, ont un fonds de 15 000 livres environ. Les attributions annuelles pour l'ensemble des bibliothèques sont de l'ordre de 20 ooo volumes, mais certaines années, telle 1973 en raison d'une réorganisation intérieure de la distribùtion, ont vu ce chiffre doubler.

Présentation des livres.

Il fut un temps où tous les livres acquis étaient envoyés par les éditeurs à la bibliothèque centrale où, après avoir été cotés et estampillés, ils étaient dirigés vers les ateliers de reliure. A leur retour, ils étaient stockés dans une vaste réserve avant d'être ventilés. Aujourd'hui, la majorité des ouvrages bénéficiant dans l'édition de couvertures-jaquettes ou de cartonnages attrayants, il serait dommage de leur faire perdre leur personnalité par des reliures uniformes. Aussi les livres sont-ils acheminés directement par l'éditeur vers les établissements. Bien entendu, les commandes partent toujours du Service central qui informe en temps utile l'établissement bénéficiaire et lui indique les cotes qui devront être affectées à chaque ouvrage.

Précisons que ces cotes sont directement inspirées de la classification Dewey, mais présentées dans une version aménagée pour les bibliothèques destinées aux détenus. Cet aménagement, ou plutôt cette simplification, a été conçue dans le but de faciliter le classement et la distribution des livres lorsque ces tâches incombent, comme dans la majorité des cas, à des personnes qui ne sont pas professionnellement préparées à ce travail. Il serait heureux que les livres ainsi acquis dans une présentation agréable puissent circuler dans cet état; hélas, le manque de soin des lecteurs oblige encore parfois les responsables à faire recouvrir les volumes. Lorsque les crédits permettent l'achat de papier transparent, le résultat est parfait, mais souvent, c'est le classique papier kraft marron qui est employé parce que peu coûteux et relativement solide. Il y a là encore une amélioration à espérer, car le « physique » d'un livre a de l'importance... c'est en bonne voie.

Ce qui précède témoigne de la place de la lecture dans les établissements pénitentiaires ; elle s'y développe et s'y épanouit : plus qu'ailleurs, le livre est ici un ami, souvent le seul! plus qu'ailleurs, les pensées d'un auteur sont là graines de vie, de connaissance, de réflexions ! Être lu en prison pourrait être un rêve, un but d'écrivain... Faire lire en prison est, en fait, une bien belle réalité de bibliothécaire.