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Pétrole et documentation

Magdeleine Moureau

A première vue, réunir une documentation sur le pétrole semble un sujet rassurant, puisque portant sur un objet concret, net, bien défini. Un examen plus approfondi permet de reconnaître que c'est une erreur grave; pour sa prospection le pétrole nécessite l'étude de la géologie, de la géochimie et de la géophysique; le forage et les problèmes d'exploitation touchent aux techniques minières; le raffinage et l'analyse des produits pétroliers intéressent la chimie et ses différentes branches : chimie organique, chimie appliquée, chimie physique et chimie nucléaire. Le stockage, le transport et la distribution des produits pétroliers posent à leur tour des problèmes particuliers; enfin, même un bref aperçu de l'évolution de l'économie et de la politique mondiale pendant les cinquante dernières années met en évidence l'importance qu'a joué la possession de cette source d'énergie dans la destinée des grandes puissances.

Une bibliothèque assurant une documentation pétrolière exhaustive sera donc aussi importante par le nombre d'ouvrages qu'elle groupera, que variée par les différents sujets traités.

Notre but n'est pas de dresser l'inventaire de cette bibliothèque, mais de permettre au lecteur de mieux connaître ce sujet et de lui apprendre les différentes ressources dont il pourra disposer lorsqu'il désirera s'informer sur ce sujet.

En France, les sources de documentation en matière de pétrole sont généralement mal connues, comme le fut lui-même le pétrole avant que quelques découvertes nationales importantes en fassent un sujet vedette pour la première page des journaux.

Il n'y a pas très longtemps que notre pays a entrepris des efforts bien coordonnés pour devenir une puissance pétrolière. L'industrie du raffinage du pétrole existait bien en France à la fin du XIXe siècle, mais la loi de finances de 1903 la réduisit à néant par l'institution d'une surtaxe de fabrication. Et la première guerre mondiale nous trouva ainsi totalement dépourvus en produits pétroliers.

Après la création d'un Commissariat général aux essences et combustibles en 1918, le sénateur Béranger, dans une note adressée au Président du Conseil le 6 mai 1919, précisait les principaux points du programme qui allait donner naissance au statut du raffinage. La France ayant hérité après le traité de Versailles des droits de l'Allemagne sur le pétrole de l'Irak, ce fut la création, en 1924, de la Compagnie française des pétroles chargée de gérer la part française des pétroles de l'Irak puis, en 1925, la création de l'Office national des combustibles liquides, établissement public chargé de centraliser les rapports de l'État et des industries du pétrole. (L'O.N.C.L. a été supprimé par le décret du 20 mars 1939 qui l'a remplacé par la Direction des carburants rattachée au Ministère de l'industrie et du commerce.)

C'est l'O.N.C.L. qui mit sur pied la législation de 1928 instituant la protection des produits pétroliers fabriqués en France par rapport aux produits finis importés et donnant des autorisations d'importation de vingt ans aux raffineurs. C'est ce statut qui permit à la France de posséder la première industrie de raffinage de l'Europe. Actuellement, les 13 raffineries françaises réunissent une capacité annuelle de traitement de 31 millions de tonnes.

La prospection pétrolière fut d'abord laissée, sans succès d'ailleurs, à l'initiative privée. En 1936, l'O.N.C.L. créa un service spécial de recherches qui devint, à la suite de la découverte du gisement de gaz naturel de Saint-Marcet, la Régie autonome des pétroles.

Depuis 1945, c'est le Bureau de recherches de pétrole (B.R.P.), établissement public national, qui assure la coordination des recherches pétrolières et participe à leur financement grâce aux subventions budgétaires qui lui sont accordées. Les dispositions légales ont entraîné un développement extrêmement important des recherches et les dernières années ont été particulièrement marquées par les découvertes du gisement de gaz naturel de Lacq et du gisement de pétrole de Parentis. La production pétrolière de la France métropolitaine est passée de 51.600 tonnes en 1946 à 1.263.600 tonnes en 1956. Les résultats sont encore plus brillants en ce qui concerne la prospection dans les territoires d'Outre-Mer où les réserves découvertes au Sahara permettront sans doute à la France d'acquérir son autonomie énergétique; et déjà depuis le mois de mai 1957 le pétrole du Gabon approvisionne les raffineries françaises.

Enfin, en ce qui concerne les transports, la France s'est intéressée aux transports maritimes pétroliers depuis la création de son industrie du raffinage, puisqu'il lui fallait acheter son pétrole brut à l'étranger pour alimenter ses raffineries. Actuellement, la flotte pétrolière française est la sixième du monde avec une capacité de port en lourd de 2.035.823 tonnes.

En même temps que l'industrie pétrolière se développait en France, un certain nombre d'organismes se développaient parallèlement, chacun apportant sa contribution à la documentation pétrolière. Les bien connaître est essentiel pour qui cherche à s'orienter dans ce domaine.

L'Institut français du pétrole est de création assez récente (1944). C'est un organisme professionnel dont la triple mission, inscrite dans ses statuts, est de :
- « provoquer ou effectuer les études et les recherches présentant un intérêt pour le développement en France des connaissances scientifiques et des techniques industrielles;
- former des cadres. ingénieurs ou maîtrise, capables de participer au développement des connaissances nouvelles, à leur diffusion et à leur application effective;
- documenter l'administration, l'industrie et les techniciens sur les connaissances scientifiques et les techniques industrielles intéressant l'économie du pays. »

C'est ce troisième point qui fait qu'actuellement, en France, la documentation en matière pétrolière est surtout l'apanage de l'Institut français du pétrole.

Ses deux bibliothèques, richement pourvues en ouvrages et périodiques modernes, lui permettent de répondre à tous les besoins : la bibliothèque de Rueil, située au centre des établissements d'enseignement et laboratoires de recherches de l'Institut, fournit aux ingénieurs et techniciens une documentation hautement spécialisée; la bibliothèque située au siège social, 2, rue de Lubeck à Paris, est plutôt une bibliothèque de vulgarisation destinée à un large public, désireux de s'instruire sur les questions pétrolières.

Des catalogues sur fiches, auteurs et matières, permettent l'utilisation rapide des ouvrages, articles de périodiques et autres documents. Le catalogue matière utilise une classification décimale particulière établie par l'Institut en accord avec les principales sociétés pétrolières françaises.

La division Documentation-Information de l'Institut diffuse chaque mois les analyses des articles des principales revues pétrolières des différents pays du monde, sous la forme de fiches en bristol, format international 75 X 125 mm.

L'Institut français du pétrole publie chaque mois la Revue de l'Institut français du pétrole. Les articles publiés comprennent des études scientifiques et techniques originales, de grandes synthèses bibliographiques, des notes techniques apportant le fruit de l'expérience pratique des techniciens, des comptes rendus de congrès, des études économiques.

La Société des éditions Technip, qui travaille en liaison étroite avec l'Institut et édite sa revue, assure l'édition et la diffusion d'ouvrages spécialisés.

Ainsi, entre autres ouvrages édités, les cours de l'Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs (E. N. S. P. M.), dont l'Institut a la charge, viennent-ils répondre à une terrible pénurie d'ouvrages techniques pétroliers de langue française, 80 % de la documentation dans cette matière étant rédigée en langue américaine et anglaise.

La Direction des Carburants ou « DICA » a repris la bibliothèque de l'Office national des combustibles liquides; c'est donc le plus ancien centre de documentation du pétrole. Il est particulièrement indiqué d'y faire appel lorsqu'on recherche des textes remontant aux débuts de l'industrie française du pétrole, ainsi que pour tous les textes concernant la réglementation pétrolière.

L'Union des chambres syndicales de l'Industrie du pétrole groupe les principales chambres syndicales de la profession (recherche, production, raffinage, distribution). Elle dispose d'un service « Relations publiques » qui publie journellement un bulletin ronéotypé intitulé : Presse quotidienne. Il reproduit des extraits des principaux articles concernant le pétrole, parus dans la presse, et principalement les communiqués de l'AGEFI et de l'A. F. P.

L'Union des chambres syndicales publie également :
- un certain nombre de plaquettes de vulgarisation sur la prospection, la production et le raffinage du pétrole qu'elle distribue gratuitement;
- tous les deux ou trois ans, un opuscule faisant le point des différents développements de l'industrie pétrolière en France et dans le monde;
- des fascicules mensuels de statistiques pétrolières pour la France;
- enfin, des brochures fixant les caractéristiques et spécifications des principaux produits pétroliers.

Le Comité professionnel du pétrole est un organisme groupant tous les titulaires d'autorisations d'importation de produits blancs et de fuel oil. Il est chargé de l'étude de toutes les questions intéressant la distribution en France de ces produits. Il publie régulièrement des fascicules énonçant les prix des principaux produits pétroliers, ainsi que des statistiques pétrolières, en particulier un numéro annuel très complet, qui donne pour la France les chiffres des forages, de la production, des importations, exportations et transports, du raffinage et de la consommation en produits pétroliers, une analyse complète du marché français de chacun des produits pétroliers, les prix et taxations de ces produits ainsi que les principaux éléments de statistiques mondiales.

Enfin, les principales sociétés pétrolières possèdent chacune des centres de documentation, qui groupent principalement des documents se rapportant à leurs activités, et des services d'information qui publient régulièrement des brochures ou périodiques tel le Pétrole progrès d'Esso Standard, revue de vulgarisation pétrolière attrayante. Les sociétés pétrolières possèdent en outre des films techniques et documentaires portant sur la recherche, le forage, le raffinage et le transport du pétrole. Ces films sont prêtés largement à qui justifie de leur utilisation à des fins d'enseignement.

En ce qui concerne les centres de documentation étrangers, deux méritent surtout d'être mentionnés :
- celui de l'American petroleum institute (A. P. I.) organisme fondé par les grandes sociétés de pétrole américaines, à la suite des événements qui avaient amené le vote des lois anti-trusts. L'A. P. I. organise des congrès annuels et édite de nombreuses et importantes publications;
- celui de l'Institute of petroleum, à Londres, organisme qui se présente comme une association d'ingénieurs qui organise des conférences, publie deux revues ainsi que quelques ouvrages et mises au point, toutes d'un intérêt scientifique certain.

Sans vouloir établir une bibliographie pétrolière, il faut signaler un certain nombre d'ouvrages qui permettent à une bibliothèque non spécialisée dans cette matière de trouver rapidement un grand nombre de renseignements.

D'abord une encyclopédie : The Science of petroleum, édité par Oxford University press, dont les six volumes parus s'étagent entre 1938 et 1955 et groupent des renseignements sur l'origine, la production et le raffinage du pétrole, sur l'utilisation des produits pétroliers et sur les principaux gisements du monde.

Un guide : Le Guide du pétrole, édité annuellement par O. Lesourd en deux volumes :
I. Réglementation : avec différents chapitres sur la recherche et production, les transports maritimes, le régime d'importation, les exportations, le raffinage et le stockage, la distribution, la vente et les prix des produits pétroliers en France, les principaux textes réglementaires.
II. Annuaire: qui groupe des renseignements sur les principales sociétés pétrolières françaises, sur les principaux fournisseurs d'équipements et sur les principales personnalités du monde du pétrole.

Sur le plan mondial, un annuaire Oil and petroleum year book, publié par Skinner à Londres, donne, dans l'ordre alphabétique de leur raison sociale, des renseignements assez complets sur la composition des différentes sociétés pétrolières.

Une documentation renouvelée et détaillée est celle qui émane chaque année des rapports des grandes sociétés pétrolières, où elles font le bilan de leurs activités. Le Bureau de recherches du pétrole publie annuellement un rapport qui constitue le document le plus intéressant et le plus complet paraissant sur la recherche pétrolière en France et Union française.

Enfin, tous les quatre ans, les communications du Congrès mondial du pétrole permettent de connaître les perfectionnements de la technique pétrolière dans les différents pays du monde.

Le prochain congrès mondial du pétrole (le cinquième) aura lieu en 1959 à New York.

Si un chercheur peut, avec un nombre relativement restreint d'ouvrages, trouver rapidement des renseignements plus ou moins complets sur les différents aspects des techniques pétrolières, une étude bibliographique, qui se veut exhaustive, est une oeuvre chaque jour plus complexe. La masse grandissante des documents scientifiques, écrits dans toutes les langues, n'est plus une aide, mais une lourde charge. Aussi la documentation pétrolière se tourne-t-elle de plus en plus vers les systèmes de catalogage et de sélection de fiches à l'aide de machines électroniques. Mais ceci ne résout qu'une partie de ses problèmes.

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Annexe (1/4)

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Annexe (2/4)

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Annexe (3/4)

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Annexe (4/4)