Par Jeremy Jeanguenin, le 25 février 2009
Dans actualité des bibliothèques, bibliothèques numériques et numérisation, comptes rendus et communications, culture et monde du livre, droits d'auteur et aspects juridiques, outils
La médiathèque de l’Espace Landowski donnait rendez-vous la 9 février 2009 aux professionnels d’horizons variés, ainsi qu’aux avertis et curieux, autour de la problématique toujours en mouvement du livre électronique (à la fois ce que l’on appelle "liseuse", le contenant, et le "ebook", son contenu). Pour cela, la table ronde laissait place de façon exclusive aux producteurs de ces contenants et contenus : Denis de Coster (Adobe Systems France), Alban Cerisier (responsable des développements numériques chez Gallimard), Pierre-Henri Colin (responsable de l'offre ePaper chez 4D Concept), Patrick Gambache (responsable numérique chez Flammarion, associé au programme Wizwiz), Laurent Picard (cofondateur de Bookeen), Denis Zwirn (Numilog), Laurence Dolivet (directrice des contenus chez SFR).
Alors qu’on pouvait craindre l’aspect promotionnel d’une telle journée, le débat et les échanges à la table ont été plutôt réussis et ont même permis de conclure d’une même et unique voix… à la fois rassurante et toujours aussi incertaine (!). Le succès de la lecture sur téléphone mobile en Asie et le double lancement du Sony Reader et du Kindle d’Amazon (on annonce 200 000 exemplaires vendus outre-Atlantique pour chacun de ces modèles) ont réanimé les passions pour ce "livre à venir".
Un livre comme les autres ?
Concernant la lecture sur portable, Laurence Dolivet défend une politique multimédia sur téléphones mobiles. De vagues conclusions à une enquête sont exprimées, mais aucune donnée n’est communiquée : SFR semble placer le livre à l’égal des autres médias disponibles sur technologie mobile (vidéos, photographies, musique) ; ce que relèvera Alban Cerisier en posant plus loin la question générale : "Qu’est-ce qu’un livre électronique ? En quoi est-il différent d’un DVD et comment justifier une TVA réduite à 5,5% ?"
Renouveler les pratiques de lecture scolaire
Laurent Picard abordait le progrès en termes d’ergonomie et de poids (en 2002, les Cybook en prêt à Boulogne pesaient 1 kg et nécessitaient une recharge de batterie fréquente, alors qu’un Cybook ePaper pèse aujourd’hui 180 g et reste très économe en énergie).
Il abordait là aussi un point qui aurait demandé à être développé, celui des usages en cadre scolaire : c’est le projet avorté du "cartable électronique" pour tous les élèves, lancé par le ministère de l’Éducation nationale à la rentrée 2000, qui n’a fait finalement l’objet d’aucun marché, puisque, à l’époque, aucun éditeur ne pouvait proposer de lecture en couleurs, indispensable pour la géographie notamment. Sur ce point, Denis de Coster tombait d’accord pour que le livre électronique "crée une intelligence" – "la transposition doit permettre une interaction" –, et pour ne pas se leurrer en reproduisant à l’identique la structure du papier. La démarche globale cognitive est très différente. L. Picard fit remarquer que le cartable électronique n’aurait été qu’un "PC déguisé en écran de lecture" qui aurait distrait les écoliers.
Des formats
Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est de rendre les formats interopérables, c’est-à-dire entièrement fonctionnels et optimisés, peu importe l’outil de lecture utilisé. Pour répondre à cela, le standard EAD-DTD (description archivistique encodée) doit rendre les documents électroniques aussi malléables que possible à l’épreuve du support. L’adaptabilité du contenu au matériel est donc une priorité pour la profession.
De son côté, Denis de Coster relatait les progrès de confort de lecture, grâce au format PDF, notamment pour les personnes déficientes visuelles (expérience relayée et confortée par une responsable de la Bibliothèque numérique pour le handicap présente dans la salle). Or, on constate des inconvénients de lourdeur du format (en partie résolus par le format ePub et par la version "PDA" du PDF d'Adobe), ainsi que son manque d’adaptation aux technologies intuitives : les formats de type iPod ou MobiPocket sont plus avancés sur ce point (voir Kamikaze).
A la source
Alban Cerisier a évoqué le work in progress de l’offre éditoriale numérique et de la progressive structuration du marché, à travers le groupe de réflexion sur le livre électronique et l’interopérabilité mis en place au sein du CNL. L’enjeu pour l’éditeur est la maîtrise des fichiers-sources : composés dans des logiciels de PAO courants comme XPress de la société Quark ou plus récemment InDesign d’Adobe, la conversion est loin d’être rendue possible d’un seul clic ! Autre paramètre non négligeable : l’archivage de ces sources. En effet, il s’agirait de faire un véritable "récolement" des fichiers définitifs "bons-à-tirer" qui sont à la fois chez l’imprimeur et chez l’éditeur, mais trop souvent disséminés. La mise en place d’un processus de stabilisation des sources textes pour une meilleure conversion dynamique est ainsi rendue indispensable. Concernant les droits d’auteur, le principe est aujourd’hui entièrement acquis pour l’ebook ; ce qui s’avère plus délicat, c’est l’ensemble des négociations nécessaires pour l’acquisition des droits antérieurs (ici, les ouvrages de fonds). Celles-ci se révèlent d’autant plus délicates que la date de publication au catalogue papier est ancienne. A. Cerisier a insisté sur l’importance de l’univers des "grands lecteurs technophiles" : c’est dans la BD que ça bouge le plus, les planches étant rendues interactives et accompagnées de séquences animées sous Flash, mais selon lui "nous n’en sommes qu’à du Gutenberg dégradé , il y a beaucoup à faire".
Convergences professionnelles
Denis Zwirn, fondateur de Numilog, agrégateur de contenus-livres électroniques, rendait hommage à la démarche de Gallica 2 (à laquelle il est désormais associé en tant qu’éditeur numérique), pour sa logique de développement des corpus plein texte et le développement d’un moteur de recherche consubstantiel (et dont on connaît les logiques de classement et d’indexation, contrairement à GoogleBooks), mais aussi pour l’exemplarité du respect de la chaîne du livre (le refus de l’"opt-out", c’est-à-dire un travail sur les droits en amont). Patrick Gambache estime que Gallica 2 a permis de focaliser l’attention de tous les éditeurs et de créer un "moment de réflexion interprofessionnel".
Modèles économiques du livre
Enfin, les modèles économiques ne sont pas en reste, deux formules étant à l’ordre du jour : un "package forfaitaire" comme on en trouve pour les bouquets de presse numérique, ou bien une "logique papier", où le prix est défini en partenariat avec les éditeurs en fonction du nombre de lecteurs. Cette dernière correspond à la politique d’acquisition la plus souple et la plus libre. Ainsi, le prix du livre sera fixé par l’usage : ce modèle reste à expérimenter.
Un trouble ?
Le paradoxe est donc le suivant : alors qu’un "buzz" médiatique (on aurait parlé de "rumeurs", "le plus vieux média du monde", avec Jean-Noël Kapferer il y a une quinzaine d’années) se développe autour de nouveaux outils technologiques de lecture, il s’opère une translation rapide vers la technologie d’un appareil multi-usages incarné par le téléphone mobile. Ainsi, les éditeurs ont peut-être à redouter que la lecture numérique se passe de liseuses pour se déployer immédiatement sur iPhone (dispositif macro-technique par excellence !)et ses analogues tactiles. L’évolution technologique reporte sans cesse l’avènement ponctué d’un modèle de liseuse définitif. Et le mot de la fin de nous laisser dans un doute serein : "il faut se laisser le temps de structurer le marché", "c’est un terrain d’expérimentation"…
Autres comptes rendus sur la blogosphère du livre électronique :
Par Jeremy Jeanguenin, le 11 février 2009
Le groupe de travail Internet de l'Association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis vient de mettre en ligne une étude (rédigée par Madeleine Deloule, conservateur en chef des bibliothèques qui a dirigé les bibliothèques de Noisy-le-Sec, Aubervilliers et Saint-Denis et qui a réalisé par ailleurs des études pour l'Observatoire départemental de la lecture de Seine-Saint-Denis) intitulée "Le Numérique dans les médiathèques de Seine-Saint-Denis : état des lieux et enjeux". L'étude concerne les 39 établissements de lecture publique du département.
L'étude est disponible à la fois sur le site de l'association et à la bibliothèque numérique de l'Enssib.
Par Jeremy Jeanguenin, le 11 février 2009
Dans actualité des bibliothèques, bibliothèques numériques et numérisation, document numérique, A retenir

Scientifica est la nouvelle bibliothèque numérique de la bibliothèque des sciences et de l'industrie (BSI), qui propose des ouvrages anciens numérisés (18e et 19e siècles), en langue française et issus des fonds scientifiques anciens.
"Car lire la science peut aussi être un plaisir de lecteur, de découverte, de connaissance, d’intelligence."
A l'ouverture du site en janvier 2009, 60 ouvrages sont en ligne. 300 livres et 154 volumes de périodiques en cours de numérisation seront progressivement accessibles, en mode texte, pour environ 200 000 pages. Scientifica comprend un moteur de recherche en test, et son activité se veut complémentaire de celle de Gallica.
En outre, un projet parallèle de numérisation de la revue Cosmos en mode plein texte est en chantier, qui entend numériser 100 000 pages, avec reconnaissance optique de caractères (OCR). La mise en ligne permettra une recherche dans le texte intégral dans 154 volumes. L'OCR devrait être rétrospectivement appliquée aux numéros déjà disponibles en mode image dans le catalogue. Enfin, le protocole OAI-PMH pour la récupération des notices bibliographiques des documents numérisés a été retenu pour ce projet.
Ces deux chantiers numériques s'accompagneront de la possibilité d'accès à un service "espace personnel" (compte, panier, préférences diverses).
Par Jeremy Jeanguenin, le 19 janvier 2009
Dans bibliothèques numériques et numérisation, document numérique, métier(s)
A l'heure on l'on parle de plus en plus d'économie numérique, l'IUT Robert-Schuman de Strasbourg ouvre une licence professionnelle au programme original et adapté aux évolutions de l'écrit et des médias. Ainsi, la licence "Miden" (médiation de l'information et du document dans les environnements numériques) prépare à des fonctions aussi variées que "cyberthécaire" (serait-ce cet hybride parfaitement incarné par notre bibliobsédé?), webmestre, référenceur, veilleur documentaliste (c'est là que l'on se rapproche d'une fonction dont Jean-Michel Salaün nous faisait écho outre-atlantique; le "recherchiste" est un métier courant au Québec et des annonces d'emplois ont fait émerger depuis un certain temps ce profil), chargé d'information, gestionnaire de contenu, responsable de service d'information, responsable d'information et de communication.
Une formation qui rappelle l'évolution des métiers de l'information et de la documentation vers l'hétéroclite fonction de bibliothécaire-producteur de contenus (cette conclusion était aussi celle de la dernière Journée professionnelle de la Bpi).
La formation, accessible à bac+2 (IUT, BTS, L2), est présentée en détail ici (pdf).
Par Jeremy Jeanguenin, le 15 janvier 2009
MultiMatch, moteur de recherche de l’Union européenne, devrait être dans un avenir proche le complément idéal d’Europeana, la grande bibliothèque numérique européenne. Nous avons pu évoquer récemment le portail multilingue de recherche du patrimoine numérisé Michael, déjà disponible au public : a contrario, MultiMatch, prototypal, devrait rester confidentiel dans les mois à venir.
Le Journal du net, pour sa part, parle de "Google culturel" et précise que la recherche pourra se faire en six langues, en agrégeant trois champs d’exploitation : patrimoine culturel, tourisme et éducation. Une réflexion intéressante (et critique), celle d’un blogueur sur MotRech (veille sur les moteurs de recherche), Jérôme, estime que le défaut du projet est l'absence de référence au "web invisible"(l'ensemble des ressources masquées par les formulaires web).
L’Atelier, quant à lui, met l’accent sur la capacité de MutiMatch, grâce à l’alliance de procédés sémantiques et contextuels, d'apprendre à être plus pertinent : "Le principe étant que MultiMatch soit capable de s'améliorer de lui-même en reconnaissant par la suite les informations potentiellement intéressantes sur des pages qui ne sont pourtant pas consacrées comme étant dédiées à la culture."
Les usagers pourront s’approprier les systèmes de recherche, en les personnalisant à la manière des wikis, en fonction de leurs exigences et de leur besoin d’information.
Le moteur de recherche MultiMatch sera ouvert de façon exclusive à quelques utilisateurs privilégiés, afin de l'évaluer, d'ici la fin du mois de janvier 2009.
Par Jeremy Jeanguenin, le 10 décembre 2008
Dans bibliothèques numériques et numérisation, conservation et patrimoine, culture et monde du livre, internet
On remarque çà et là qu'elles sont de plus en plus intégrées aux projets de développement numérique des collections, il est vrai. Aussi, au-delà d'une manière de valoriser les collections patrimoniales tout en conservant une notion très forte d'accessibilité, les expositions "virtuelles" en ligne sont à la croisée du patrimoine muséal et de celui du livre. Considérons-les ainsi comme hybrides, entre exposition et document numérique. Un atout essentiel du web 2.0, mirage ou réalité.
Commençons par deux points de référence en matière d'expositions virtuelles : la BnF, qui propose cinq galeries distinctes ainsi qu'une section de feuilletage des livres et le portail Lectura en région Rhône-Alpes, qui propose pas moins de quarante-trois expositions virtuelles (depuis 1997 avec l'exposition Nostradamus à la BM de Lyon)!
La BDIC propose de son côté une exposition "Immigrées, exilées, femmes en lutte", sur le serveur Musea de l'université d'Angers (n'hésitez pas à consulter les autres expositions du site Musea). La BDIC a également proposé une version moins convaincante de l'exposition virtuelle, au format pdf : "La Première Guerre au quotidien".
Plus récemment, à l'occasion de l'exposition sur les Editions du Seuil (7 novembre 2007-4 février 2008, en partenariat avec l'Imec), la Bpi en profitait pour inaugurer cette nouvelle pratique déambulatoire transposée à la Toile : l'exposition est toujours en ligne et c'est ici. De la mezzanine au web, c'est l'exposition sur l'univers particulier de l'illustrateur Jean Gourmelin qui prend le relais.
La bibliothèque Méjanes (Cité du livre d'Aix-en-Provence) n'est pas en reste, puisqu'elle propose une dizaine d'expositions virtuelles, de Camus à l'inévitable Marquis de Méjanes en passant par les sujets provençaux, la bibliothèque entend ainsi, selon ses propres termes, vouloir "pérenniser" l'exposition.
De son côté, le service commun de documentation de l'université de Poitiers propose depuis juin 2008 une "bibliothèque virtuelle" sur les formes naissantes du socialisme (saint-simoniens, fouriéristes, Proudhon, communisme icarien...). Le site permet de consulter un ensemble de textes rares, dû au legs d'Auguste Dubois, figure de l'université de Poitiers.
A Roubaix, à l'occasion de la commémoration du 90e anniversaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale le 11 novembre dernier, la médiathèque proposait une visite virtuelle guidée de ses collections patrimoniales. A ce titre, l'établissement revendique non pas une volonté d'écrire la guerre, mais uniquement de la "montrer", en s'appuyant sur les fascicules de la collection Patrie publiés par les éditions Rouff de 1917 à 1920, une collection d'affiches (fonds Ducourant), et une collection de cartes postales anciennes sur Roubaix.
Côté musique, on signalera l'exposition en ligne consécutive à l'exposition "Musique de cour" qui eut lieu du 22 septembre au 30 novembre 2007 à la bibliothèque municipale de Versailles.
L'agence de coopération régionale en Franche-Comté (Accolad) a mis l'accent sur les collections précieuses, en mettant en ligne une visite virtuelle des salles des incunables.
Côté sciences médicales, la bibliothèque interuniversitaire de médecine (BIUM) retrace en ligne "100 ans de frontispices de livres de médecine" (jetez donc un œil aux "gueules cassées" de 1914-1918!) sur son site.
Et pour finir (ce billet ne visant pas l'exhaustivité, tous commentaires seront bienvenus), le projet PôLiB (projet commun de numérisation des trois universités lilloises) a dernièrement mis en scène l' "anatomie à livre ouvert".
Par Jeremy Jeanguenin, le 06 novembre 2008
Le consortium Couperin (consortium universitaire de publications numériques) propose depuis le 5 novembre 2008 un site qui sera d’un grand secours pour la mise en place de vos archives ouvertes. Formats, chartes, mode de dépôt, acteurs, fondements du mouvement : vous retrouverez tout cela sur ces pages élaborées par un groupe réunissant des chercheurs, des informaticiens, des professionnels de l’information issus d’établissements supérieurs (universités, grandes écoles, organismes de recherche).
Ce travail est essentiellement constitué des contributions du GTAO (groupe de travail sur les archives ouvertes). Un précieux guide pour la mise en place de l’Open Access, qui comprend notamment un wiki ainsi qu’une veille partagée sur les archives ouvertes, via Google Reader. Le site a, en outre, l’avantage de renvoyer à un certain nombre de projets OAI à l’étranger.
Le site archivesouvertes.
Une synthèse 2008 à propos de Couperin.
Par Jeremy Jeanguenin, le 23 octobre 2008
Dans actualité des bibliothèques, archivage et catalogage, bibliothèques numériques et numérisation, conservation et patrimoine, culture et monde du livre, son, image et vidéo
Voici une vidéo mise en ligne très récemment sur le site de la BnF et qui montre successivement les opérations de numérisation des collections, de la sélection du livre à la page de recherche de Gallica : reproduction physique en mode image, mode texte, océrisation, archivage Spar... Saisissant!
NB : si certains d'entre vous sont en bas débit, la vidéo est disponible en résolution réduite en bas de la page d'accueil.
Par Jeremy Jeanguenin, le 14 octobre 2008
Dans bibliothèques numériques et numérisation, culture et monde du livre
Petite mise au diapason en vue des deux prochains numéros du BBF dont les "dossiers" seront consacrés au patrimoine (la préservation des documents étant l’un des piliers des collections numériques), l’actualité foisonnant de débats sur le livre numérique.
Après la débâcle de Cytale et de son Cybook (ironie du sort, en 2002, alors que l’exposition du Cnam "Les trois révolutions du livre" débutait – dont le dernier volet était justement le Cybook –, celui-ci était déjà sur la corde raide), une nouvelle génération de livres électroniques fait son apparition cette rentrée 2008.
Beaucoup d’entre vous auront sans doute déjà écouté Roger Chartier sur le site ''La Vie des idées'' et lu par ailleurs le plaidoyer pour le livre numérique de Stéphanie Chevrier qui l'accompagne.
Il faut préciser que cette agitation est consécutive au lancement du Sony Reader, le PRS-700, disponible fin octobre aux Etats-Unis, voir également le blog Papier électronique.
Une présentation de cet objet à l’ergonomie remarquable et de qualité (une technologie "e-Ink" utilisant des microcapsules noires/blanches permet de recréer – c’en est "bluffant" – la texture et la chaleur du papier) est réalisée par un démonstrateur de chez Sony.
La question des DRM (les digital rights management, verrou numérique) n’est pas en reste à ce propos, la problématique étant réactualisée dans la perspective du livre en téléchargement.
Avec une carte de 512 Mo de type "Memory stick" (analogue à celles utilisées sur les téléphones mobiles et les appareils photographiques numériques) on peut déjà embarquer jusqu’à 160 livres. Bon point supplémentaire, l’objet ne consomme pas beaucoup d’énergie (excepté lorsqu’on en "tourne les pages"), l’autonomie est donc sensiblement accrue. Il utilise également le standard ePub (format ouvert), bénéficie d’un standard allégé de fichiers .pdf, ainsi qu’un encapsulage des DRM pour protéger les droits d’auteur. Un bémol : il ne permet pour le moment ni le surlignage ni l’annotation.
Il est en tout cas certain que le Reader "rematérialise" le livre, pour reprendre les propos de Roger Chartier, restructurant les niveaux de lecture et d’herméneutique de cet objet de discours devenu électronique. On l’aura compris, l’e-book n’est définitivement ni un coup de poker ni une tabula rasa (trois lancements de supports, trois échecs successifs, de quoi maintenir les doutes), mais plutôt un work in progress, qui doit se frayer un chemin au milieu du papier pour trouver ses usages. Mais les possibilités avancées et multidimensionnelles d’approche du texte, en introduisant la navigation, laissent espérer un fabuleux outil pour les chercheurs.
La question des contenus textes et de leur qualité reste bien ouverte, comme en témoigne l’expérience d’ Hervé Bienvault, enseignant à l'IUT de Bordeaux-III, pour tenter de lire dans sa version numérique une édition correcte d’A la recherche du temps perdu de Proust.
Tollé autour du prix du livre numérique, c’est chez bibliobsession qui s’insurge d’un tarif unilatéral papier/fichier chez Gallimard et de la prééminence des DRM comme modèle juridico-économique. François Bon prend le relais en s’interrogeant : "Les textes numériques d’auteurs contemporains actuellement en vente sont proposés au prix papier moins 1/3. Nous sommes quelques-uns à considérer qu’il y a là quand même un mystère, puisque les frais d’impression, de transport, de diffusion sont quasi réduits à zéro, même si la part compo/édition reste la même."
Un constat donc plus que mitigé, en regard des propositions du rapport Patino, qui visait à harmoniser les conditions de diffusion de la lecture numérique, notamment sur le plan juridique. Pour sa part, Actualitté redoute les conséquences désastreuses du téléchargement illégal qui "n'épargnera pas le livre".
Françoise Benhamou, spécialiste de l'économie culturelle, pour qui "le téléchargement illégal n'épargnera pas le livre numérique, mais (...) cette pratique devrait être beaucoup moins massive", accorde un entretien à Relaxnews.
Enfin, Le Point publie un article – certes partisan – de Raphaël Beaugrand suite au consortium numérique Sony-Hachette-Fnac, Livres numériques, futures stars de l'édition ?
Pour conclure, un souhait de l'organisation OLPC (One Laptop per Child), qui se verrait équiper les enfants des pays en voie de développement d'ordinateurs à faible consommation d'énergie, entièrement dédiés à la lecture, c'est ici.
Par Invité, le 30 juin 2008
Dans actualité des bibliothèques, bibliothèques numériques et numérisation, colloques et manifestations, invité
Le 27 juin 2008 à l’auditorium du Muséum national d’histoire naturelle à Paris, l’Aula, club des utilisateurs des produits Archimed, a organisé, en partenariat avec la société Tosca consultants, une journée d’étude sur le web sémantique.
Un chercheur (Raphaël Troncy du Centre for Mathematics and Computer Science à Amsterdam), des professionnels de l’information, (Lucile Grand de la Direction des archives de France, Dominique Stutzmann de la BnF, Yann Nicolas de l’ABES, Isabelle Westeel de la BM de Lille et Marc Maisonneuve de Tosca), des représentants de l’entreprise (Gautier Poupeau de chez Atos Origin et Olivier Walbecq de chez Archimed) ont présenté un panorama passionnant de ce que pourra être le web de demain : un web « pénétrant » qui comprend le sens des mots, les met en relation par des liens intelligents et permet de capitaliser les connaissances ainsi reliées. On aboutit ainsi à un gigantesque graphe complexe représentant toutes les données mises en relation, où chacune des branches est constituée sur la base d’une matrice (sujet, predicat, objet).
Cette matrice permet de relier les données de corpus de plus en plus vastes à condition qu’ils aient été correctement décrits. Cela suppose, en amont, que des référentiels, si possible communs, ou au moins « alignés » (mis en correspondance) aient été utilisés.
Isabelle Westeel nous a montré comment, à Lille, on prépare les données numérisées de façon à ce que, dans un futur proche, elles soient visibles et accessibles par tout internaute. Dominique Stuzmann a insisté en proclamant qu’« il faut libérer les données, c'est-à-dire les exposer ! ». Yann Nicolas a renchéri en disant qu’il fallait sortir les données de la niche bibliothéconomique et leur permettre d’inter-enrichir les corpus du monde entier.
Raphaël Troncy a présenté des exemples lumineux sur les recherches des internautes du « web des données ». Ils découvrent une photo d’un certain Zidane, à peine légendée. Toutes les ressources contenues dans le web sémantique étant univoques, grâce à des URI (Uniform Resource Identifier) uniques qui les désignent sans ambiguïté, une série de relations entre URI identiques permet, par contamination, un enrichissement progressif de la connaissance : en lien avec l’encyclopédie DBpedia (wikipedia écrit en RDF) ou avec le site geonames, on arrive au bout du compte à des résultats de recherche nous disant tout ou presque tout du joueur de football et, par contamination sémantique, on localise sa ville natale, on apprend la recette de la vraie bouillabaisse… C’est l’histoire de la chanson « trois p’tits chats / Chapeau d'paille ».
Bien entendu, nous en sommes aux balbutiements de cette technologie qui constitue également un changement complet de paradigme. Pour cela, des travaux sur « l’alignement des référentiels » doivent se poursuivre. La BnF est bien engagée dans des projets européens, dont VIAF (Fichier d'autorité international virtuel conçu comme guichet unique sur le web pour les notices de référence sur les personnes, les collectivités, les lieux). Des outils d’interrogation doivent être conçus qui, nécessairement, seront à la hauteur de la complexité des questions permises.
Pour un compte rendu complet des interventions, rendez-vous sur le site de Tosca consultants.
Cécile Touitou
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