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Stratégies éditoriales à l'heure du livre électronique

La médiathèque de l’Espace Landowski donnait rendez-vous la 9 février 2009 aux professionnels d’horizons variés, ainsi qu’aux avertis et curieux, autour de la problématique toujours en mouvement du livre électronique (à la fois ce que l’on appelle "liseuse", le contenant, et le "ebook", son contenu). Pour cela, la table ronde laissait place de façon exclusive aux producteurs de ces contenants et contenus : Denis de Coster (Adobe Systems France), Alban Cerisier (responsable des développements numériques chez Gallimard), Pierre-Henri Colin (responsable de l'offre ePaper chez 4D Concept), Patrick Gambache (responsable numérique chez Flammarion, associé au programme Wizwiz), Laurent Picard (cofondateur de Bookeen), Denis Zwirn (Numilog), Laurence Dolivet (directrice des contenus chez SFR).

Alors qu’on pouvait craindre l’aspect promotionnel d’une telle journée, le débat et les échanges à la table ont été plutôt réussis et ont même permis de conclure d’une même et unique voix… à la fois rassurante et toujours aussi incertaine (!). Le succès de la lecture sur téléphone mobile en Asie et le double lancement du Sony Reader et du Kindle d’Amazon (on annonce 200 000 exemplaires vendus outre-Atlantique pour chacun de ces modèles) ont réanimé les passions pour ce "livre à venir".

Un livre comme les autres ?

Concernant la lecture sur portable, Laurence Dolivet défend une politique multimédia sur téléphones mobiles. De vagues conclusions à une enquête sont exprimées, mais aucune donnée n’est communiquée : SFR semble placer le livre à l’égal des autres médias disponibles sur technologie mobile (vidéos, photographies, musique) ; ce que relèvera Alban Cerisier en posant plus loin la question générale : "Qu’est-ce qu’un livre électronique ? En quoi est-il différent d’un DVD et comment justifier une TVA réduite à 5,5% ?"

Renouveler les pratiques de lecture scolaire

Laurent Picard abordait le progrès en termes d’ergonomie et de poids (en 2002, les Cybook en prêt à Boulogne pesaient 1 kg et nécessitaient une recharge de batterie fréquente, alors qu’un Cybook ePaper pèse aujourd’hui 180 g et reste très économe en énergie).

Il abordait là aussi un point qui aurait demandé à être développé, celui des usages en cadre scolaire : c’est le projet avorté du "cartable électronique" pour tous les élèves, lancé par le ministère de l’Éducation nationale à la rentrée 2000, qui n’a fait finalement l’objet d’aucun marché, puisque, à l’époque, aucun éditeur ne pouvait proposer de lecture en couleurs, indispensable pour la géographie notamment. Sur ce point, Denis de Coster tombait d’accord pour que le livre électronique "crée une intelligence" – "la transposition doit permettre une interaction" –, et pour ne pas se leurrer en reproduisant à l’identique la structure du papier. La démarche globale cognitive est très différente. L. Picard fit remarquer que le cartable électronique n’aurait été qu’un "PC déguisé en écran de lecture" qui aurait distrait les écoliers.

Des formats

Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est de rendre les formats interopérables, c’est-à-dire entièrement fonctionnels et optimisés, peu importe l’outil de lecture utilisé. Pour répondre à cela, le standard EAD-DTD (description archivistique encodée) doit rendre les documents électroniques aussi malléables que possible à l’épreuve du support. L’adaptabilité du contenu au matériel est donc une priorité pour la profession.

De son côté, Denis de Coster relatait les progrès de confort de lecture, grâce au format PDF, notamment pour les personnes déficientes visuelles (expérience relayée et confortée par une responsable de la Bibliothèque numérique pour le handicap présente dans la salle). Or, on constate des inconvénients de lourdeur du format (en partie résolus par le format ePub et par la version "PDA" du PDF d'Adobe), ainsi que son manque d’adaptation aux technologies intuitives : les formats de type iPod ou MobiPocket sont plus avancés sur ce point (voir Kamikaze).

A la source

Alban Cerisier a évoqué le work in progress de l’offre éditoriale numérique et de la progressive structuration du marché, à travers le groupe de réflexion sur le livre électronique et l’interopérabilité mis en place au sein du CNL. L’enjeu pour l’éditeur est la maîtrise des fichiers-sources : composés dans des logiciels de PAO courants comme XPress de la société Quark ou plus récemment InDesign d’Adobe, la conversion est loin d’être rendue possible d’un seul clic ! Autre paramètre non négligeable : l’archivage de ces sources. En effet, il s’agirait de faire un véritable "récolement" des fichiers définitifs "bons-à-tirer" qui sont à la fois chez l’imprimeur et chez l’éditeur, mais trop souvent disséminés. La mise en place d’un processus de stabilisation des sources textes pour une meilleure conversion dynamique est ainsi rendue indispensable. Concernant les droits d’auteur, le principe est aujourd’hui entièrement acquis pour l’ebook ; ce qui s’avère plus délicat, c’est l’ensemble des négociations nécessaires pour l’acquisition des droits antérieurs (ici, les ouvrages de fonds). Celles-ci se révèlent d’autant plus délicates que la date de publication au catalogue papier est ancienne. A. Cerisier a insisté sur l’importance de l’univers des "grands lecteurs technophiles" : c’est dans la BD que ça bouge le plus, les planches étant rendues interactives et accompagnées de séquences animées sous Flash, mais selon lui "nous n’en sommes qu’à du Gutenberg dégradé , il y a beaucoup à faire".

Convergences professionnelles

Denis Zwirn, fondateur de Numilog, agrégateur de contenus-livres électroniques, rendait hommage à la démarche de Gallica 2 (à laquelle il est désormais associé en tant qu’éditeur numérique), pour sa logique de développement des corpus plein texte et le développement d’un moteur de recherche consubstantiel (et dont on connaît les logiques de classement et d’indexation, contrairement à GoogleBooks), mais aussi pour l’exemplarité du respect de la chaîne du livre (le refus de l’"opt-out", c’est-à-dire un travail sur les droits en amont). Patrick Gambache estime que Gallica 2 a permis de focaliser l’attention de tous les éditeurs et de créer un "moment de réflexion interprofessionnel".

Modèles économiques du livre

Enfin, les modèles économiques ne sont pas en reste, deux formules étant à l’ordre du jour : un "package forfaitaire" comme on en trouve pour les bouquets de presse numérique, ou bien une "logique papier", où le prix est défini en partenariat avec les éditeurs en fonction du nombre de lecteurs. Cette dernière correspond à la politique d’acquisition la plus souple et la plus libre. Ainsi, le prix du livre sera fixé par l’usage : ce modèle reste à expérimenter.

Un trouble ?

Le paradoxe est donc le suivant : alors qu’un "buzz" médiatique (on aurait parlé de "rumeurs", "le plus vieux média du monde", avec Jean-Noël Kapferer il y a une quinzaine d’années) se développe autour de nouveaux outils technologiques de lecture, il s’opère une translation rapide vers la technologie d’un appareil multi-usages incarné par le téléphone mobile. Ainsi, les éditeurs ont peut-être à redouter que la lecture numérique se passe de liseuses pour se déployer immédiatement sur iPhone (dispositif macro-technique par excellence !)et ses analogues tactiles. L’évolution technologique reporte sans cesse l’avènement ponctué d’un modèle de liseuse définitif. Et le mot de la fin de nous laisser dans un doute serein : "il faut se laisser le temps de structurer le marché", "c’est un terrain d’expérimentation"

Autres comptes rendus sur la blogosphère du livre électronique :

KotKot Bruits et chuchotements Klog

 

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